Enfants de Bolou

Bolou-Agbadomé est un village étendu de quelques milliers d'habitants, situé dans une plaine au sud du Togo, à une cinquantaine de kilomètres seulement de la capitale.

Si quelques aspects de Lomé peuvent faire penser aux villes occidentales (les grandes avenues, certaines statues,…), le village est tout à fait différent de notre environnement habituel.
Malgré sa proximité avec la métropole, on a l'impression d'être totalement isolé du reste du monde.

En effet, à part quelques échanges marchands avec Tsévié (à 20 kms), les villageois ont peu de contact avec les urbains.
Quelle n'a d'ailleurs pas été notre surprise quand nous avons fait découvrir Lomé à partir de cartes postales aux enfants du village.
Imaginez également que les plus jeunes d’entre eux ont pris peur à notre arrivée parce que nous étions « blancs ».

Il n'y a ni électricité ni eau courante à Bolou. Exceptionnellement un groupe électrogène fonctionne dans la case du chef où les villageois sont invités à regarder la télévision.



Le chef du village s'appelle Togbui Kossi Molkafo III. Il veille au maintien de l'ordre et de la paix au sein du village, tranche les litiges quand il y en a. Tous les villageois respectent l'autorité de la chefferie (qui n'est pourtant pas un privilège dans la mesure où cette fonction s'impose aux individus sans leur consentement).

A Bolou la végétation est assez riche, surtout à la saison des pluies. S'il peut y faire très chaud, nous sommes loin des paysages désertiques. Les Baobabs sont nombreux et majestueux. C'est le fleuve Zio qui assure le village en eau, acheminée par un canal construit il y a quelques années. Les villageois vivent essentiellement des champs alentours qu'ils cultivent, mais cela ne suffit pas à nourrir tout le monde. L'espérance de vie à Bolou est très faible (moins de cinquante ans), la mortalité infantile désespérément élevée.

Pourtant il règne dans ce village une rare quiétude. On s'y sent bien, tout le monde vous sourit et vous salue. Souvent on vous invite à goûter un fruit fraîchement cueilli, ou bien encore à faire une partie d'Awélé. Les enfants comme les adultes vous prennent par la main pour vous faire découvrir chaque fois un peu mieux le village.

Vous vous demandez certainement comment nous connaissons si bien le village de Bolou. Pour le savoir allez faire un tour à la page Origine. Mais avant écoutez l'histoire de Bolou contée par le chef du village, un vrai régal:

"Nos aïeux, les Éwé, sont originaires du Nigéria. De là ils sont venus à Notsè en passant par Ketou au Dahomey (Bénin actuel) et Tado au Togo. C'est à Notsè qu'a eu lieu la diaspora Éwé en 1720.

Les Éwé prirent des directions diverses. Un groupe arriva à Gapé après Gamé. Une tribu vint à Kudzre qui est une zone située à l'Ouest de Bolougan à environ deux kilomètres à proximité de la route Tsévié-Kevé. Les incendies incessants et le manque d'eau firent de Kudzre une partie inhospitalière. Il fallait donc chercher des zones de forêt et des points d'eau.

C'est ainsi qu'un chasseur appelé Ézo prit la direction de l'Ouest pour une zone de forêt sur une colline qui prendra plus tard le nom de Ézo-Ve (c'est-à-dire forêt d'Ézo); à cause du manque d'eau Ézo continua sa marche. Après un kilomètre à peine de marche il vit dans une forêt une allure de boeuf sauvage. Il arma son tir et des étincelles ont jailli de sa bête qui ne bougea pas. Après un second tir, le fameux Ézo décida d'affronter corps à corps la farouche bête. Il se rendit compte que c'était plutôt un rocher.

Quelle est cette pierre? Quel est ce rocher qui ressemble un boeuf? Le rocher prit le nom de Kpedinyi (pierre qui ressemble à un boeuf) jusqu'à nos jours et est reconnu comme propriété personnelle des descendants directs de Ézo. Celui-ci avança cette fois-ci vers le sud et découvrit un cours d'eau qui n'est autre que le Zio actuel. Il établit une ferme non loin de ce point d'eau. Son neveu Dodor qui se lança à sa recherche l'atteignit un jour dans sa ferme chérie. A la question où dors-tu Oncle Ézo? ressortit cette réponse: je dors entre ces étals. Nous nommons ici étals des dispositifs en guise de grenier pour viande, ce qui s'appelle AGBA en vernaculaire. Et "entre ces étals" signifie en Éwé AGBAWO-DOMÉ d'où le nom de notre village AGBADOMÉ. Cette ferme s'agrandira au fil des ans. Voilà contée succintement l'histoire du village de Bolou."

Maintenant que vous connaissez l'histoire du village, allez vite voir ce à quoi il ressemble dans la section:

PHOTOS et VIDEOS