Mais revenons plutôt quelques mois auparavant.
Il était une fois, en ces temps maussades de janvier, deux étudiants se surprenant à rêver de l'Afrique au fond d'une bibliothèque bien morose. L’envie partagée de découvrir ce continent méconnu les convainc qu’il est venu de concrétiser cette aventure. Progressivement, les contours du projet prennent forme : ils partiront en Afrique subsaharienne, au Togo plus exactement, réaliser un chantier jeunesse agricole dans un village traditionnel. Le nom de ce village ils n'oublieront jamais : Bolou-Agbadomé.
C'est le 10 juillet 2003 lorsque l'avion n°8817 atterrit à Lomé que nos deux étudiants posent le pied au Togo. Là-bas, Komi, un membre de l'association ASTOVOCT les attend pour les conduire dans le village tant attendu.
Les appréhensions de nos deux amis disparaissent immédiatement grâce au fabuleux accueil que tout le village leur réserve : on leur souhaite bonne arrivée, on leur apporte quelques fruits délicieux, mais surtout on les inonde de sourire. Après avoir fait connaissance les uns avec les autres, après s'être un peu remis de ces premières émotions, le serein train-train quotidien vient à s'installer.
Les 21 volontaires (14 Togolais et 7 Européens) travaillent en coordination avec l'APAF (association pour la promotion de l'agroforesterie financée par l'Union Européenne) et les villageois. Le matin, ils accompagnent les paysans aux champs et les aident à planter des arbres. Ces arbres permettent de fertiliser les sols, de lutter contre la déforestation privant les gens de ressources vitales, et de chercher l'eau en profondeur sous terre. Nos étudiants comprennent vite qu'ils n'aident pas vraiment les paysans, que même ils les ralentissent. Mais une telle présence ravive en chacun ce dont on a probablement le plus besoin : une lueur d'espoir. Le travail fait alors place à ces grands moments de joies: on s'offre à boire, on partage la pâte (ce met composé de maïs pilé et de mil mélangé avec une sauce pimentée de poisson, hum!!), on danse et on chante.

L'après-midi, l'harassante chaleur amène nos compagnons à des activités moins physiques. Ils jouent avec les enfants heureux de voir quelque chose de différent. Ils leur apprennent à faire du diabolo, les émerveillent avec quelques tours de cartes, les entraînent dans une balle aux prisonniers. Mais ils ne s'y trompent pas, les adultes eux aussi sont ravis de participer à la confection d'avions en papier… Parfois des moments de lecture et de dictées sont organisés pour les enfants. Le constat de l'absence de structures éducatives adéquates est alors inévitable; une scolarité ne peut être assurée dans de telles conditions.
Le soir commence à tomber. C'est, croient nos deux jeunes, la vie qui s'arrête avec le coucher du soleil, la lune faisant seule office de lumière… mais les sourires éclairent largement les visages ; la veillée peut débuter : les rythmes endiablés des tam-tams font s'agiter les corps, des voix mélodieuses résonnent. Après quelques hésitations, ils se lancent corps et âme perdus dans la ronde formée, à la grande satisfaction des autochtones. Doucement, chacun s'éclipse enfin pour aller dormir. On songe à l'humanité perdue, au caprice du bonheur, à toute la sagesse dont font part les villageois : malgré tout ce qu'il leur manque, ces personnes savent être véritablement heureuses.
Les trois semaines écoulées, les yeux pleins de tristesse, les volontaires doivent quitter le village, les villageois et leurs amis togolais. Changés par toute cette expérience, ils promettent à leurs nouveaux amis de revenir. Ils promettent surtout au chef du village et aux instituteurs, qui le leur ont demandé à plusieurs reprises, de les aider à développer leur école.
Dans l'avion, nos étudiants décident alors de mettre en place à leur échelle une association pour donner un peu plus de chances aux enfants de Bolou. On reste lucide quand aux difficultés d'une telle entreprise. On ne croît pas que cela suffise à changer le monde. Mais on sait que l'on peut toujours essayer. Le peu que l'on puisse faire, il faut le faire, et nous le ferons. Quelques mois plus tard, le projet Déka-Éwé naît.
Cliquer ici pour regarder le film de l'école de Bolou !!!